Épuisé

Être enceinte et accoucher durant la pandémie COVID-19

Publié par Gabrielle Tardif le

Être enceinte et accoucher durant la pandémie COVID-19

Chez gabiba, l’annonce de la pandémie, du confinement et de la distanciation sociale nous a fait réfléchir à notre rôle dans tout ça. Comment pouvait-on faire notre part quand tant d’autres ont des rôles essentiels, qui les mettent eux et leurs familles en danger ? L’inspiration de faire don de tout notre stock de tuques pour bébés aux mères enceintes est venue de ma très bonne amie Émilie, qui devait vivre sa grossesse dans un contexte anxiogène.

Ça m’a fait réfléchir à ma propre expérience, moi qui avais accouché 6 mois avant la pandémie. Comment est-ce que la pandémie aurait affecté ma grossesse et mon accouchement ? D’abord, j’aurais certainement vécu de l’anxiété face à mes suivis médicaux en milieu hospitalier, au fait d’avoir été isolée et à la pensée d’accoucher sans l’aide à laquelle j’ai eu accès. Ensuite, j’ai pensé à mon accouchement à moi, quelques mois plus tôt. Et comme on « accouche vite dans la famille », j’ai donné naissance à notre fils sur la civière que poussaient les ambulanciers en courant vers la maternité. Je ne peux m’imaginer comment j’aurais vécu ça aujourd’hui.

 Après plusieurs mois à s’adapter à ce nouveau contexte et maintenant qu’on a droit à des directives plus « stables », la réalité d’une mère enceinte est peut-être un peu moins incertaine mais elle reste tout de même stressante face à la pandémie et la menace d’une nouvelle vague.

Nous avons été en contact avec plusieurs mamans et leur avons demandé de nous raconter leur expérience, voici ce que nous a raconté une trentaine d’entre elles :

 

 La logistique

Tout d’abord, il est certain que la pandémie a chamboulé notre accès à différents services et produits. Enceinte, les délais sont très très important. Non seulement il faut avoir tout le matériel prêt pour le jour J, mais les maux dont nous souffrons ne vont qu’en s’amplifiant. Et lorsque certaines qui dépendaient d’articles de bébé donnés ou prêtés ne pouvaient plus y avoir accès (ex. fermeture de région), d’autres devaient attendre une éternité pour recevoir ce qu’elles avaient commandé en ligne, faute de pouvoir aller acheter le tout en magasin :

*Les commandes par internet prennent beaucoup de temps à arriver, je n’ai toujours pas de matelas pour mon bébé et je l’ai commandé en mars ! - Anne-Marie J, Montréal

*Je m'imaginais une ambiance plus légère, aller magasiner les petits articles de bébé sans se poser de questions, partager mes petits changements avec mes proches, au quotidien, pouvoir poursuivre les activités de groupe ou en débuter qui sont réservé pour ce moment de la vie ....- Maude C, Trois-Rivières

On nous a raconté la fatigue d’avoir à s’occuper, sans répit, de plusieurs enfants à la maison puisque ceux-ci ne sont pas à l’école ou la garderie. On nous a raconté l’inconfort qui n’a pu être soulagé par les spécialistes tels que les ostéopathes, les massothérapeutes, les acuponcteurs… Les cours prénataux de yoga, d’aquabédaine, qui n’ont pu être suivis. En plus des cours parents/bébés qui, non plus, n’auront pas lieu. Déjà que la maternité peut créer l’isolement, ne pas avoir accès à ces groupes de cardio-poussette ou de yoga avec bébé ajoute à la difficulté.

 Et ce fameux shower.

Pour ceux et celles qui attendent leur premier bébé, le shower est un moment important (même si ce n’est que pour se retrouver autour d’un repas, ensemble) pour souligner la venue prochaine de bébé. Devenir parent est un moment significatif, qui mérite d’être souligné par un rituel.

 *Je n’ai pas eu de shower ni de visite après l’accouchement donc ça c’était plutôt difficile pour le moral.- Mélanie B., Montréal

 Et malgré l’ingéniosité dont ont fait preuve certaines familles et amis en faisant le shower via zoom, c’est tout de même un deuil à faire.

 

La solitude

En confinement, nous nous sommes sentis isolés. Malgré la technologie, le contact humain nous manque. Déjà qu’il est bien connu que le congé de maternité est un moment durant lequel les mamans se sentent isolées, la solitude se vit maintenant dès la grossesse grâce aux circonstances extraordinaires que nous vivons. Une solitude qui n’est pas seulement liée au fait de vivre seule un moment extraordinaire de sa vie :

*J'ai parfois l'impression que les gens m'ont oublié et que je vis un des plus beau moment de ma vie seule de mon côté.- Marie-Pascale, Montréal

 Mais aussi liée aux étapes qu’on vivrait habituellement avec les membres de notre famille, nos amis, notre conjoint et même nos collègues. Les échographies et rendez-vous médicaux, les mains sur la bédaine, le shower au bureau, les cours de toutes sortes, les conseils de matante… que ce soit avant ou après l’accouchement.

*Mon conjoint n’a pu assister à l’échographie de 21 semaines, et comme il ne peut pas non plus assister aux rendez-vous médicaux, j’ai l’impression que c’est encore moins concret pour lui que ça l’aurait normalement été. Je me sens plus seule à gérer cette grossesse.Il s’agit de mon deuxième enfant. Personne ne voit l’évolution de mon ventre à part mon conjoint, nos familles se sentent moins investies dans la grossesse que lors de notre premier bébé. J’ai l’impression que ce 2e enfant passera inaperçu et ne recevra pas le même accueil au monde que notre 1er de la part de notre famille (pas de notre part bien entendu!!!). -Marilyne P., Verdun

*Nos familles devaient venir nous voir de l’étranger pour partager ce moment ensemble et rester plusieurs semaines, mais tout a été annulé... On se retrouve seuls mon mari et moi ... c’est triste de ne pas partager ce moment si important avec la famille et on ne sait pas quand ils vont être en mesure de venir dans les mois qui viennent. -Maureen C ,Verdun

*Venant d'une famille unie, j'imaginais pouvoir partager ce moment avec ma famille surtout que c'est le premier petit-fils. - Arely- st-henri

 

Un accouchement…. différent

 On s’imagine, on visualise notre accouchement. Comment on veut que celui-ci se passe, qui va y être (maman, doula, photographe…), quelle play list sera jouée, où on veut accoucher, etc. Je ne peux imaginer le deuil à faire lorsque tout ce qu’on s’était imaginé tombe à l’eau (quoique parfois ça arrive même hors pandémie). C’est un moment qui est intense au niveau physique, émotionnel et psychologique. Ne pas savoir si les règlements vont changer d’un moment à l’autre est stressant et nous rend à fleur de peau, surtout qu’on se préoccupe pour notre sécurité et la santé de notre bébé. Plusieurs mamans ont vu leur plans changer et ont vécu une nouvelle réalité.

*Accouchement sans mon mari.... Un peu triste mais cela a été malgré tout. - Lili, Lasalle

*Au début de ma grossesse, on a fait le choix de faire notre suivi avec une sage-femme, à la maison de naissance de CDN. Le vendredi soir avant l'accouchement, l'hôpital Juif, avec qui la maison de naissance est affiliée en cas de complications, a annoncé qu'elle n'acceptait plus les conjoints. C'est probablement la nouvelle qui a été la plus dure à digérer, car on ne peut pas prédire les complications et c'était hors de question que j'accouche seule. Nous avons donc pris la décision de laisser tomber nos plans avec la sage-femme et nous sommes débarqués, comme un cheveu sur la soupe, à l'hôpital LaSalle. Heureusement, ils nous ont gardé parce que le travail était avancé. Par contre, j'ai dû accoucher avec un masque, ce qui n'était pas évident. - Mariane BL, Verdun

*Beaucoup d'obstacles, de frustrations, d'imprévus. J'avais prévu accoucher à la maison pour cette dernière grossesse, mais les accouchements à domicile ont été interrompus par les sage-femmes. J'ai donc eu un deuil à faire.  -Marie-Noëlle C., Montréal

*Je n’ai pas le droit d’avoir ma mère à l’accouchement, ni mes deux meilleures amies, ni ma doula. Malgré l’isolement et l’anxiété, je me fais à l’idée que c’est comme ça et que je n’ai pas d’autre choix que d’accepter et de composer avec les circonstances. - Joëlle, Rosemont

 

Un contexte anxiogène

Les statistiques le prouve, la pandémie mondiale affecte nos niveaux d’anxiété, notre santé mentale et notre bien-être. D’ailleurs, le gouvernement et plusieurs organismes ont mis en ligne des outils virtuels pour aider. Et compte tenu que la grossesse et l’accouchement sont une des périodes les plus vulnérables chez une mère, il est compréhensible que les femmes enceintes soient particulièrement touchées. L’isolement, le danger, l’instabilité et l’incertitude n’ont fait qu’exacerbé l’anxiété ressentie chez les mamans.

*Il y a toujours le stress d'accoucher seule si, d'ici là, mon conjoint ou moi tombions malade. -Cynthia L. Candiac

*Mon conjoint a perdu son emploi. Il y a un stress d'instabilité financière. Tout a changé. - Annick St-P, Montréal,

Une situation difficile à digérer :

*Je suis très heureuse mais c’est un sentiment étrange, comme si je ne trouvais pas ça juste pour mon futur enfant de devoir naître dans ce contexte. J’ai le goût de m’excuser auprès de lui. - Anne-Marie J, Montréal

*Présentement, c'est très difficile émotionnellement. J'ai vécu la dernière échographie seule, j'avais de la peine pour mon conjoint. Je vis énormément d'anxiété par rapport à tout ça. Je ne peux pas profiter des derniers moments de ma grossesse avec ma famille et mes amis. Notre shower a été annulé et c'était notre dernier moment pour voir tous ceux qu'on aime. J'ai peur d'attraper le virus enceinte. J'ai peur d'aller à l'hôpital et j'ai peur de ce qui va se passer après la naissance de notre bébé... Nous ne pourrons pas avoir l'aide qui était prévue. Je ne sais plus à quoi m'attendre, car tous nos plans sont chamboulés. J'ai beaucoup pleuré les premières semaines, mais maintenant on dirait juste que je suis toujours sur l'adrénaline. J'ai l'impression que tout n'est pas comme prévu. Comme tout le monde, on vit ça un jour à la fois, car on n'a pas le choix... J'ai le sentiment que le virus vient nous voler un des plus beaux moments de notre vie. Je sais que les grands-parents ne pourront pas prendre notre bébé dans leurs bras, que nous devrons vivre tout ça de notre côté (c'est ce qui est le plus sage à faire) et que mes activités avec d'autres mamans et d'autres bébés ne seront pas possibles... Je sais que notre fille ne pourra pas vraiment rencontrer ses proches lors de ses premiers mois de vie. En tout cas, pas d'une façon normale... C'est beaucoup de déception et de changements à accepter. En faite, je ne crois pas que j'accepte ce qui se passe. Je comprends, mais je ne l'accepte pas. J'imagine que je vais finir par m'y faire, mais pour le moment, je suis triste, déçue, anxieuse et inquiète pour les prochaines semaines et les prochains mois. - Joannie N. Les Cèdres

 

Du positif

Malgré les défis, l’anxiété et la difficulté vécue, on nous a soulevé l’opportunité créée par COVID-19 en ce qui a trait aux moments passés en famille. Que ce soit en amoureux ou avec les enfants avant et après l’arrivée de bébé. Les mamans ont aussi souligné le professionnalisme des professionnels de la santé et leur impact positif sur leur expérience.

*J'ai eu du personnel en or, malgré la pandémie et pour ça, je leur lève mon chapeau. - Karina, Montérégie

*Aussi, nous avons la chance d'être tous les deux salariés en télétravail. Cela nous permet de ne pas avoir de stress financier, de nous reposer, de prendre le temps et de se tisser un cocon avant notre accouchement. C'est doux et calme. -Camille T., Montréal

*Grossesse paisible en famille au chalet compte tenu d’un confinement. Nous sommes éventuellement revenus à Montréal pour l’accouchement. Compte tenu que j’avais une césarienne planifiée, il a été facile de bien planifier ce moment spécial. Nous avons eu de l’aide qui est arrivé la veille de l’accouchement afin de s’occuper de notre plus vieille. La césarienne s’est faite de manière super organisée et nous nous sentions en sécurité et en confiance à l’hôpItal malgré les circonstances particulières. Nous avons passé vraiment plus de temps en famille avant et après l’accouchement. De plus, comme nous n’avions pas le droit de recevoir de visite à l’hôpital, nous avons été plus relaxe et dans notre cocon. Idem à la maison. -Julie, Île des Sœurs

*Positif: confinement à la maison avec l’amoureux jusqu’au retour au travail à la mi mai à cause du déconfinement, donc beaucoup de temps pour préparer la chambre du bébé, beaucoup de marches en forêt, possibilité de prendre le temps de se reposer et de ne pas s’imposer d’horaire. -Mathilde P., La Minerve

 

Des conseils

Finalement, les mamans nous ont transmis quelques conseils pour celles qui se trouveraient dans la même situation qu’elles :

Il ne faut rien oublier lorsqu’on se dirige à l’hôpital : 

*Tu dois être certaine de penser à tout pour l'hôpital car tu ne pourras pas ressortir [de la chambre] pour aller chercher quelque chose que tu auras peut-être oublié... - Karine, La Prairie

On laisse faire les médias :

*Ne pas écouter les nouvelles ! Se désabonner des profils Facebook de gens qui publient juste du négatif. - Anne-Marie J, Montréal .

S’entourer… virtuellement :

*Osez les réseaux sociaux de groupe de femmes vivant aussi la maternité durant cette pandémie, on se sent moins seule. - Marie-Pascale, Montréal

 

Nous savons que “tout n’ira pas bien” pour tous et que chacun vit les circonstances à leur manière. Par contre, nous sentions qu’il était important de souligner ce qui est vécu présentement par cette partie de la population, du moins pour sensibiliser. Alors voilà, une pensée pour vous mamans enceintes et nouvelles mamans.

La famille gabiba. XxX


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